Actes du 5e Colloque de l’IRAFPA, Coimbra 17-19 juin 2026
“Les métiers universitaires : quand la souffrance se dit”
Mercredi 17 – vendredi 19 juin 2026
Université de Coimbra
Campus de Figueira da Foz (Portugal)


Avant-propos
Paulo Peixoto, Président du comité d’organisation & Michelle Bergadaà, Présidente de l’IRAFPA
Les universitaires remplissent leur mission de construction et de transfert de connaissances au mieux de leurs possibilités, malgré les mauvaises nouvelles sur le front de la science, attaquée comme jamais, du développement de l’IA générative et de la désinformation via les réseaux sociaux qui compliquent considérablement leur travail académique.
Cependant, le principal problème de la souffrance au travail au sein du monde académique est structurel. C’est un univers compétitif qui laisse de côté la plupart des jeunes docteurs et impose aux académiques une forme de rentabilité que tous ne parviennent pas à assumer. Mais on peut accepter les règles, même si elles sont exigeantes, lorsque le système est juste. Mais l’est-il vraiment ?
Une seconde source de souffrance est liée à l’activité d’évaluation qui est au centre du travail des académiques. Si les critères quantitatifs comme qualitatifs sont considérés comme équitables, ces évaluations ne posent pas de problème. Mais qu’en est-il quand, par exemple, l’activité d’enseignement est sous-considérée ?
Animés par l’esprit de la recherche et de l’action, qui façonne la mission de l’IRAFPA, les participants ont livré des communications de haute qualité qui ont permis la tenu de débats passionnants. Les pages qui suivent en présentent les résumés. Les communications sont pour la plupart été publiées dans un ouvrage collectif publié chez EMS en 2027 ou dans les Cahiers de l’IRAFPA.
Bienvenue au 5ème Colloque International de l’IRAFPA !
COMITÉ SCIENTIFIQUE ET RELECTEURS
Michelle Bergadaà et Paulo Peixoto
Directeurs scientifiques
Les processus de relecture de l’IRAFPA reposent sur la transparence et la co-construction. Ainsi, les relecteurs s’adressent directement aux auteurs, et vice versa. Cette triangulation transparente « auteur-relecteur-éditeur » donne à chacun sa pleine responsabilité dans le processus commun d’élaboration de la connaissance scientifique. Que soient ici remerciés :
Benedict Ubawuike Akano, Professor, Federal University of Education, Kontagora, Nigeria
Ghislaine Alberton, Professeure des Universités, Référente Intégrité Scientifique, UPPA (France)
Isabelle Baraille, Professeure des universités, vice-présidente du Conseil d’Administration, Université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA), France
Michelle Bergadaà, Professeur émérite, Université de Genève. Présidente de l’Institut International de Recherche et d’Action sur la Fraude et le Plagiat Académiques (IRAFPA), Suisse
Eric Bauce, Professeur titulaire, Université Laval, Canada
Morgan Blangeois, Doctorant, Université Clermont Auvergne (CleRMa) / External PhD Scholar, Cambridge Judge Business School
Henriette Bilodeau, Professeure, Université du Québec à Montréal (UQAM), Canada
Frédérick Bruneault, professeur, Collège André-Laurendeau, École des médias, UQAM, Canada
Boubacar Camara, Professeur titulaire, Université Gaston Berger, Saint-Louis, Sénégal
Jérémy Celse, Professeur associé, ESSCA, France
Isabelle Chol, Professeure des universités, Université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA), France
Cinta Gallent-Torres, professeure associée, Université de Valence, Espagne
Ignace Haaz, Éditeur responsable, Globethics, Suisse
Geneviève Hervieux, Professeure agrégée, présidente de l’Association des professeur.e.s, Université du Québec à Montréal (UQAM), Canada
Ludovic Jeanne, Professeur assistant et Responsable de l’intégrité académique, École de Management de Normandie, France
Bienfait Kambala Kambili, doctorant, Université de Kinshasa – CEDAC – OG, RDC
Emmanuel Kamdem, Professeur émérite, Université de Douala
Dominique Leglu, présidente de l’Association française pour l’avancement des sciences (Afas), ancienne directrice éditoriale des magazines La Recherche et Sciences et Avenir. Paris, France
Emmanuelle Marceau, Professeure associée, Département de médecine sociale et préventive, École de santé publique, Université de Montréal, Montréal, Québec, Canada.
Christina Mitsopoulou, Enseignant-chercheur, Dpt. of History, Archaeology and Social Anthropology, University of Thessaly, Grèce
Gaspard Mouge, Doctorant, Paris 1 Panthéon-Sorbonne, France
Sanja Pekovic, Professeure associée, Université du Monténégro
Paulo Peixoto, Professeur Agrégé, Université de Coimbra, Portugal
Marian Popescu, fondateur de CARFIA, Professeur honoraire, Université de Bucarest, Roumanie
Jean-Yves Puyo, Professeur des universités, Université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA), France
Jacques Py, Professeur des Universités, Université Toulouse Jean Jaurès, France
Heidi Reed, Enseignant-chercheur, Audencia Business School, France
Antoine Sabouraud, Doctorant, Centre Émile Durkheim, Université de Bordeaux, France
Susana Teixeira Magalhães, Directrice de l’unité de conduite responsable en recherche, Institut de recherche et d’innovation en santé de l’Université de Porto (i3S), Portugal
Jean-Hugues Roy, Professeur, Université du Québec à Montréal (UQAM), Canada
Pedro Urbano, Professeur associé, Université de Coimbra, Portugal
Alexandre Zollinger, Maître de conférences HDR, Université de Poitiers, France
LES COMMUNICATIONS
Certaines des communications suivantes paraitront dans les prochains mois dans la revue Les Cahiers de l’IRAFPA ou dans l’ouvrage collectif chez EMS, Collection Questions de société, en février 2027.
Meeting ethical obligations in research and teaching under institutional constraints: The Nigerian universities’ experience
Benedict Ubawuike Akano, Education Science, Professor, Federal University of Education, Kontagora, Nigeria
et Ngozika Ogechukwu Offor, Sciences du langage, Doctorante, Université Marie et Louis Pasteur, France
Résumé : Le respect des principes éthiques dans la recherche et l’enseignement est largement reconnu comme un impératif au sein des universités nigérianes. Cependant, la culture d’éthique institutionnalisée demeure fragile, entravée par des défis systémiques tels que la pression inhérente au respect des exigences professionnelles, le manque de financement, l’insuffisance des effectifs, la surpopulation des salles de classe, la faiblesse de l’application des règles et les déficits en matière d’infrastructures. Dans ce contexte contraignant, cette étude examine la manière dont les universités nigérianes s’acquittent de leurs obligations éthiques. Elle vise particulièrement à identifier les tendances en matière de pratiques éthiques, les obstacles institutionnels et les stratégies d’adaptation. Elle se sert de données descriptives issues d’une enquête descriptive menée auprès de 70 enseignants-chercheurs nigérians et analyse les données à partir d’une approche « Contraint-integrity-response (CIR) » et de la théorie du comportement planifié d’Ajzen. Les résultats révèlent que, bien que des structures telles que les comités d’éthique, les programmes de suivi et les initiatives de formation aient été mises en place, leur mise en œuvre demeure insuffisante et nécessite des améliorations substantielles. L’étude conclut qu’il est primordial de renforcer le financement, les effectifs et la mise en œuvre, et de définir clairement des politiques éthiques institutionnelles afin d’aligner les universités nigérianes sur les normes internationales de l’éthique académique.
Mots clés : obligation éthique, enseignement, recherche, contraintes institutionnelles, universités nigérianes.
Recentrer la gestion universitaire sur la mission d’acquisition et de transfert des connaissances
Eric Bauce
Écophysiologie/Entomologie forestière, Professeur titulaire, Université Laval, Canada
Résumé : L’intégrité académique dépend de la culture dans laquelle évoluent les acteurs. Ainsi, la culture universitaire, qui se définit par notre façon de faire, d’être et d’interagir, peut contribuer à l’intégrité académique ou lui nuire. Le monde universitaire a évolué, passant d’une culture de gestion collégiale à une gestion axée sur le contrôle et la gouvernance hiérarchique, ce qui affecte non seulement la motivation et la créativité des acteurs, mais aussi les risques de manquement à l’intégrité académique et de perte de focus sur la mission universitaire. Il est donc pertinent de s’interroger sur la manière de recentrer la gestion universitaire afin de remplir pleinement la mission d’acquisition et de transfert de connaissances. Cela passe par un repositionnement face aux pouvoirs publics et par une approche de gestion différente, offrant un environnement de transparence qui encourage la remise en question, l’erreur, la critique, les débats, ainsi que du temps pour penser, créer et communiquer.
Mots-clés : Gestion, gouvernance, collégialité, intégrité, culture, mission universitaire, centrage
L’intégrité académique à l’épreuve des nouvelles dynamiques universitaires : l’exemple de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour.
Isabelle Baraille
Chimie, Professeure des universités, vice-présidente du Conseil d’Administration, Université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA), France
Résumé : Dans un contexte de profondes transformations institutionnelles de l’enseignement supérieur et de la recherche, les conditions de mise en œuvre des principes d’intégrité académique au sein des universités méritent d’être questionnées. Cette réflexion a pour objectif d’analyser la manière dont les universités intègrent certaines évolutions — la montée en puissance des logiques de performance, l’intensification de la concurrence internationale, la multiplication des dispositifs d’évaluation et la dépendance croissante aux financements compétitifs — tout en cherchant à préserver les valeurs fondatrices des activités de recherche : rigueur, collégialité, transparence, indépendance et responsabilité. En prenant l’Université de Pau et des Pays de l’Adour (France) comme exemple, l’analyse s’appuie sur les métarègles pour les établissements du supérieur proposées par Bergadaà (2026) : éliminer les ambiguïtés du système, protéger nos diplômes et développer une culture de l’intégrité académique. Nous montrerons comment une université peut se saisir de sa responsabilité sociétale en replaçant les enjeux de la progression des connaissances et de la transmission des savoirs au cœur de sa stratégie, tout en essayant de concilier ambition scientifique, exigence académique et engagement sociétal. Cette communication aborde également les dispositifs institutionnels mobilisés pour préserver l’intégrité scientifique et la crédibilité des formations doctorales dans un environnement académique marqué par les transformations des modes de gouvernance universitaire. Cette gouvernance est confrontée, notamment, aux enjeux de visibilité et au pilotage par les indicateurs.
Mots-clés : Gouvernance, logique de la performance, concurrence internationale, financements compétitifs, protection des diplômes, formations doctorales, UPPA
La réalité de “l’entrepreneur académique” dans un monde universitaire en rupture
Michelle Bergadaà, Sciences de l’intégrité, Professeur émérite, Université de Genève. Présidente de l’Institut International de Recherche et d’Action sur la Fraude et le Plagiat Académiques (IRAFPA), Suisse
Yves Frédéric Livian, Professeur émérite, IAE – Université de Lyon, France
Résumé : Le tiraillement entre, d’un côté, une gestion par projet imposée aux enseignants-chercheurs et, de l’autre, une recherche de financement récurrente, débouche sur des problèmes d’intégrité académique. Nous assistons à une augmentation des manquements à l’intégrité, alors même que les initiatives visant à renforcer les garde-fous se multiplient dans tous les pays. L’enquête de l’IRAFPA 2026, portant sur les verbatim de 234 répondants francophones, montre que la surcharge administrative, la financiarisation par projets et le « capitalisme académique » dégradent les conditions de travail des enseignants-chercheurs et fragilisent l’intégrité scientifique. Le rapport présenté souligne les souffrances vécues par les « entrepreneurs académiques » et propose des axes d’action en réponse à ces trois interrogations : 1/ Pouvons-nous mieux comprendre les raisons des difficultés, maintes fois dénoncées, dans des études plus ou moins sérieuses ? 2/ Comment proposer des concepts émergents par induction à partir des réponses de nos répondants ? 3/ Pourrons-nous proposer des pistes d’action aux dirigeants des établissements d’enseignement et de recherche ?
Mots-clés : Intégrité académique, entrepreneurs académiques, enseignants-chercheurs, appels à projets, souffrance au travail, bureaucratisation
Quand le doute cherche ses pairs : la qualification collective des actes délégables à l’IA générative
Morgan Blangeois
Doctorant, Université Clermont Auvergne (CleRMa) / External PhD Scholar, Cambridge Judge Business School
Résumé : Cette communication présente un dispositif de mise en situation progressive conçu pour observer comment des collectifs académiques tracent la frontière entre les gestes de recherche délégables à un système d’IA générative et ceux qu’ils considèrent comme constitutifs de leur métier. Déployé auprès de 161 participants issus de cinq contextes disciplinaires (philosophie, sciences de la vie, formateurs en intégrité, sciences de gestion, droit), le dispositif révèle un profil d’interpellation non linéaire : les tâches mécaniques et la substitution totale font consensus, mais la zone intermédiaire concentre des variations disciplinaires marquées. Ce profil en dents de scie suggère que le jugement d’intégrité dépend de la nature du geste délégué et de sa position par rapport au territoire cognitif que chaque discipline considère comme le sien (Abbott, 1988). Articulé au cadre du cognitive offloading (Risko et Gilbert, 2016), ce résultat éclaire le seuil à partir duquel l’externalisation d’un geste de recherche cesse d’être un allègement pour devenir une atteinte à l’identité professionnelle. Réplicable et librement accessible, le dispositif fournit aux formateurs en intégrité un outil de diagnostic des zones de tension propres à chaque communauté.
Mots-clés : intégrité académique, IA générative, cognitive offloading, délégation cognitive, identité disciplinaire, formation
Vers une écologie de l’intégrité en réponse à une tricherie autant institutionnelle qu’individuelle
Boubacar Camara
Littérature et théorie critique, Professeur titulaire, Université Gaston Berger, Saint-Louis, Sénégal
Résumé : La contribution propose une refondation théorique de l’intégrité académique à partir d’une hypothèse forte : la tricherie n’est pas seulement individuelle ; elle est aussi institutionnelle, technique, éditoriale, algorithmique et coloniale. Elle ne se réduit pas au plagiat textuel, mais s’étend à la simulation de preuve, à la capture des tribunaux, à l’opacité des logiciels anti-plagiat, à la bureaucratisation des procédures de validation, à la marchandisation de la publication, à l’indexation asymétrique des savoirs et à la minorisation des chercheurs subalternes. L’article nomme TRICH ce régime élargi de capture, de contournement et d’anti-preuve. Notre démarche croise l’Actor-Network Theory de Bruno Latour, une critique de l’objectivité non réflexive, une théorie de l’irréfutabilité, une sociologie de la revue et du jury, une éthique du care appliquée au doctorant exposé, et une perspective décoloniale de la citation et de l’édition. L’enjeu est de passer d’une police du plagiat à une écologie de l’intégrité fondée sur la traçabilité, la contestabilité, la bibliosphère, la justice épistémique, l’audit des outils et la responsabilité des tribunaux. L’article propose enfin un modèle opérationnel, R-T-I-B : régimes d’énonciation, tribunaux, infrastructures et bibliosphère.
Mots-clés : Intégrité académique ; TRICH ; plagiat ; anti-preuve ; Actor-Network Theory ; Bruno Latour ; logiciels anti-plagiat ; doctorat ; care ; citation ; édition ; justice épistémique ; bibliosphère.
Beyond Retractions: How Academic Misconduct Shapes Students’ Perceptions of Higher Education Institutions
Jérémy Celse, Professeur associé,
Raania Naeem Khan, Professeure assistante,
Claudia-Roxana Rusu, Professeure assistante,
ESSCA, France
Résumé : Cette communication examine comment les scandales académiques (fabrication de données, falsification de données, plagiat…) impliquant des enseignants-chercheurs influencent la perception des établissements d’enseignement supérieur chez les étudiants. Alors que la littérature académique se concentre principalement sur les conséquences de tels scandales pour leurs auteurs, leurs effets sur les étudiants restent peu étudiés. À partir d’une série d’expériences par vignettes, les participants sont exposés à des scénarios réalistes mettant en scène des universitaires rattachés à une institution d’enseignement supérieur. L’étude mesure les intentions d’inscription des étudiants potentiels ainsi que l’effet de ces scandales sur la propension des étudiants à adopter des comportements académiques questionnables, tels que la fraude aux examens ou le plagiat. Elle examine également le rôle modérateur de facteurs tels que la réputation de l’institution, la confiance envers l’enseignement supérieur et l’exposition médiatique. En mettant en évidence les conséquences institutionnelles et comportementales des manquements à l’intégrité académique, ce projet contribue à mieux comprendre l’érosion de la confiance des étudiants et les enjeux de gestion de la réputation des universités.
Mots-clés : méthode des scénarios, fraude scientifique, confiance, réputation des établissements
Ces mots qui modèlent nos représentations, nos façons de penser et nos actions
Isabelle Chol
Langue et littérature françaises, Professeure des universités, Université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA), France
Résumé : La communication présente quelques aspects d’un projet visant à élaborer un lexique de l’intégrité académique, en mettant l’accent sur les apports d’une approche linguistique. Ce projet part de deux constats corrélés : la nécessité de partager un lexique commun pour développer une culture de l’intégrité académique, et l’incompréhension de certains termes ou les demandes de clarification quant à leur sens. Il s’agira donc de réfléchir aux formes à donner à ce lexique au regard des dictionnaires existants et de proposer un parcours lexicologique permettant de préciser le sens et la valeur de certains mots (morale, éthique, déontologie, intégrité). Si le projet de lexique dépasse largement ce socle linguistique, ce dernier sera conçu comme un appui pour penser l’intégrité académique à partir de ce qui lui est constitutif, dans un contexte de dévalorisation ou d’inflation verbale peu propice à la prise de conscience et à la réflexivité nécessaires à l’action.
Mots-clés : Lexique, dictionnaire, sens, intégrité, morale, éthique, déontologie
Protéger la paternité scientifique n’est pas une gageure !
Béatrice Durand
Littérature française, Chercheuse indépendante, auteure, Allemagne
Résumé : Les auteurs scientifiques ignorent notamment pourquoi tant la jurisprudence que la doctrine juridique leur sont, a priori, assez défavorables. En raison du principe doctrinal selon lequel seule la forme – et non les idées – peut être protégée, le droit d’auteur protège mal les publications de recherche, alors même que la loi française mentionne explicitement les écrits scientifiques parmi les œuvres de l’esprit à protéger. Nous fournirons, dans notre communication, des critères pertinents afin de mieux défendre la paternité intellectuelle des auteurs scientifiques. La communication aidera à surmonter le sentiment d’impuissance et le découragement qui accablent bien souvent celles et ceux qui estiment leur paternité intellectuelle lésée. Remontant à l’origine de ce principe, à savoir l’exclusion des idées, et, plus généralement, aux sources historiques du droit d’auteur, la contribution propose des pistes pour dépasser la contradiction entre le principe doctrinal et la loi. La connaissance des usages juridiques en la matière devrait aider quiconque s’estime lésé dans sa paternité intellectuelle à la défendre dans des termes à la fois pertinents pour ses travaux et susceptibles d’être entendus par les juges.
Mots-clés : Propriété intellectuelle, publications de recherche, paternité intellectuelle, plagiat, créativité intellectuelle
De l’injonction à surperformer son travail à la disparition du sens de celui-ci: professeur universitaire en souffrance
Geneviève Hervieux, Professeure agrégée, présidente de l’Association des professeur.e.s,
Henriette Bilodeau, professeure
et Angelo Soares, professeur titulaire,
Université du Québec à Montréal (UQAM), Canada
Résumé : Nous présenterons les résultats de notre enquête qui documentent, au-delà des variables organisationnelles déjà connues telles que la surcharge de travail et le manque de ressources (financières et humaines), des angles morts moins documentés. Les données ont été recueillies à l’aide d’un questionnaire auto-administré en ligne diffusé auprès du corps professoral de tous les établissements universitaires (2 793 répondants) du Québec et du Canada. Nous dégageons ce qui rend (im)possible d’exercer son travail professoral et d’y trouver un sens. Certains résultats révèlent l’ampleur du problème de souffrance au travail et de détérioration de la santé mentale au sein du corps professoral. Dans un contexte de sous-financement des universités, de surcharge de travail chronique et de pression accrue à la performance, alors même que la collégialité et la reconnaissance des pairs, traditionnellement, pouvaient jouer un rôle compensatoire au sein du collectif de professeurs, le non-sens ou la perte du sens réel du travail professoral pourrait orienter des universitaires vers des stratégies d’adaptation individuelles nocives. La souffrance des collègues altère progressivement la représentation du rôle de professeur universitaire, auparavant socialement valorisé. La question est de pouvoir offrir aux doctorants un espace d’espoir à celles et ceux qui envisagent d’embrasser la carrière professorale.
Mots-clés : Souffrance au travail, santé mentale, relève académique.
Une élite artificielle issue de la surexploitation des jeunes chercheurs par les professeurs en titre : Cas de l’Université de Kinshasa (RDC)
Bienfait Kambale Kambili
Sciences Politiques, Chef de Travaux et Énarque de la 7ème Promotion (ENA RDC), Université de Kinshasa – CEDAC-OG, RDC
Résumé : La question centrale consiste, pour nous, à se demander : quelles sont les causes et conséquences des rapports hiérarchiques très inégalitaires entre professeurs et collaborateurs (Assistants, Chefs de Travaux) à l’Université. L’Université de Kinshasa, créée en 1954 sous le nom de Lovanium, a vu très vite sa notoriété entamée au fil des décennies suite à plusieurs problèmes structurels et conjoncturels. Au nombre de ces défis structurels, on note une mauvaise prise en charge des ressources humaines, spécialement les collaborateurs directs des professeurs en titre : Assistants et Chefs de Travaux. Il s’agit d’une (sur)exploitation par les mentors, aux conséquences désastreuses pour la formation d’une élite appelée à remplacer les aînés vieillissants ou décédés, mais surtout formée pour rendre des services à la communauté. Le présent article entend relever les mécanismes de surexploitation des Assistants et Chefs de Travaux par les Professeurs à l’Université de Kinshasa ainsi que leurs causes et conséquences. Nous proposerons quelques pistes pour inverser les tendances. La situation dans le reste du pays n’est pas différente.
Mots-clés : Université, élite, artificiel, surexploitation, professeurs-chercheurs
Intelligence Artificielle : à la croisée des chemins de la science et de la société
Dominique Leglu
Présidente de l’Association française pour l’avancement des sciences (Afas), ancienne directrice éditoriale des magazines La Recherche et Sciences et Avenir, France
Résumé : Depuis l’annonce d’OpenAI en novembre 2022, les interrogations se multiplient sur la transformation des métiers, avec peur de perte d’emplois massive. Les chercheurs/ses eux/elles-mêmes revoient leur façon de travailler et s’interrogent sur les cursus d’apprentissage de leurs futurs doctorant.e.s. Plus profondément, se fait jour la crainte d’une « déshumanisation », avec perte de confiance, au travail et dans les rapports au sein de la société. Quel avenir se prépare-t-il avec de nouvelles façons de prendre des décisions et avec un imaginaire bouleversé ? Quels dérapages toxiques, en termes d’intégrité et aussi de santé mentale, sont-ils à redouter et comment les anticiper pour les éviter ? À noter, symptôme du trouble actuel à combattre, c’est une Encyclique majeure, première du genre consacrée à l’IA, qui vient d’être énoncée par le pape Léon XIV, appelant à une IA pour le « bien commun » de l’humanité. À l’heure même où, dans un contexte de guerre, l’IA est envisagée comme une arme de « dissuasion », où les grands acteurs du domaine sont des sociétés privées et qu’aucune régulation internationale n’est mise sur pied. En tant que journaliste, j’exprimerai mes vues personnelles sur ces sujets ; en tant que présidente de l’association française pour l’avancement des sciences (AFAS), je restituerai une synthèse des avis que plusieurs scientifiques de l’association m’ont transmis.
Mots clés : Intégrité académique, IA générative, arme de dissuasion, identité disciplinaire, formation
Par-delà les principes : l’importance de l’éthique pour cultiver l’intégrité en recherche
Emmanuelle Marceau
Droit civil, Professeure associée, Département de médecine sociale et préventive, École de santé publique de l’Université de Montréal, Montréal, Québec, Canada
Résumé : Cet article porte sur la manière dont l’éthique permet d’aborder la conduite responsable en recherche. Nous y explorons comment la sensibilisation des actrices et des acteurs de la recherche à l’éthique peut transformer le rapport aux règles formelles en un engagement réel à mener une recherche de manière intègre, ainsi que les conditions favorisant l’intégration de l’éthique, au-delà des codes et des politiques institutionnelles. Nous interrogerons le passage du cadre normatif à une pratique incarnée et réflexive de l’intégrité, afin d’ouvrir un espace de dialogue transversal sur la responsabilité partagée de l’intégrité et la nécessité d’un engagement éthique dépassant la simple conformité. L’analyse s’appuie sur une approche interdisciplinaire, croisant les dimensions éthiques, administratives et organisationnelles. Nous mobilisons également les principes de l’éthique pragmatique, ce qui permet une réflexion sur la norme.
Mots-clés : Éthique, intégrité, conformité, pratique réflexive, détresse éthique, prévention, inconduite
Victim status in academic power abuse. Suffering, challenges, hope
Christina Mitsopoulou
Archéologie, Enseignant-chercheur, Dpt. of History, Archaeology and Social Anthropology, University of Thessaly, Grèce
Résumé : Notre communication aborde la souffrance des victimes d’abus de pouvoir dans le milieu académique. Nous nous sommes fondés sur nos expériences personnelles en mettant en œuvre la méthodologie de l’auto-ethnographie (Ellis et Bochner, 2000). L’invisibilité systémique et la tolérance des comportements abusifs sont ici mises en lumière ; les rôles des facilitateurs et l’absence de mécanismes de protection, qui perpétuent le silence et protègent les auteurs d’inconduites (Ahmed, 2021), sont explorés. La définition d’une victime comme celle qui a subi divers dommages en raison de violations de nature déontologique est soulignée par l’argument selon lequel ces personnes demeurent affectées à long terme, en dépit de leurs tentatives de retrouver leur identité et le fil normal de leur carrière. Notre récit critique aborde également les échecs du soutien institutionnel et la corruption en Grèce, ainsi que son impact systémique sur l’intégrité académique. En communiquant ici en toute transparence, nous plaidons pour le droit de partager ces histoires, afin de sensibiliser et de promouvoir la responsabilité au sein de la communauté académique.
Mots-clés : Victime, ethno-ethnographie, corruption, mécanismes de protection, parole libérée
Reculer pour mieux entendre : Étudier les conditions du doctorat d’archéologie en France, réflexions méthodologiques et résultats d’enquête
Gaspard Mouge
Archéologie, Doctorant, Paris 1 Panthéon-Sorbonne, France
Résumé : Cette présentation s’adresse à toute personne souhaitant accompagner au mieux l’expression de collègues témoins de souffrances ou de violences vécues sur le lieu de travail, afin d’étudier ou de dénoncer ces phénomènes. Elle se veut essentiellement méthodologique, s’appuyant à la fois sur mes expériences compliquées de terrain, sur une bibliographie issue des études de genre et sur un exemple tiré de notre travail de thèse. Il s’agira, dans un premier temps, de rappeler les enjeux liés aux violences inhérentes aux relations d’enquête. Notamment, détailler les raisons pour lesquelles l’entretien peut, paradoxalement, compliquer l’expression d’un traumatisme survenu sur le lieu de travail où l’enquêteur ou l’enquêtrice est un collègue. Dans un second temps, en prenant pour exemple mon enquête sur les violences vécues par les doctorant.es et en présentant les premiers résultats, j’expliquerai en quoi la méthodologie statistique peut, en partie, pallier les complexités inhérentes à une relation de pairs dans l’enquête, tout en précisant certaines limites à considérer lors de la construction des questionnaires.
Mots-clés : Méthodologie d’enquête, violences au travail, doctorat, archéologie, traumatisme
Au-delà de la « promptologie » : intelligence artificielle, intégrité académique et éthique de la fraude invisible
Paulo Peixoto
Professeur Agrégé, Université de Coimbra, Portugal
Résumé : Cette communication mobilise le concept de « promptologie » comme fiction heuristique permettant d’analyser les transformations introduites par les intelligences artificielles génératives dans l’enseignement supérieur et la recherche. Loin de constituer une simple innovation technique, ces technologies participent à un déplacement profond du travail intellectuel : le chercheur ne produit plus seulement des connaissances, il organise de plus en plus les conditions de leur génération algorithmique. À travers une généalogie des technologies de délégation cognitive, de l’écriture aux systèmes génératifs contemporains, nous montrons que l’intelligence artificielle marque une rupture particulière en participant directement à la production discursive. Cette évolution favorise l’émergence d’un « capital promptologique » et déplace les enjeux de l’intégrité académique du plagiat vers la simulation de la compétence. La communication analyse également les effets de ces transformations sur les métiers universitaires à travers les notions de souffrance épistémologique, de désappropriation cognitive et de fatigue interprétative. Elle défend finalement le passage d’une éthique de l’usage des outils à une éthique de l’interprétation, fondée sur la responsabilité du sujet à l’égard du sens produit dans un environnement marqué par la délégation croissante des opérations cognitives.
Mots-clés : Promptologie,intégrité académique, intelligence artificielle générative, responsabilité épistémique
Aux sources (françaises) de l’évaluation de la recherche scientifique, grande source de souffrance de la communauté universitaire
Jean-Yves Puyo
Géographe, Professeur des universités, Université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA), France
Résumé : À l’automne 2024, une polémique bien franco-française donnait une audience presque grand public à la question de l’évaluation de l’enseignement supérieur et de la recherche, à travers un projet parlementaire visant à supprimer le Haut conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (Hcéres, sous couvert d’économies de moyens). Cette autorité publique indépendante, créée en 2013, avait succédé à une précédente agence d’évaluation, l’AERES, très critiquée à son époque par la communauté universitaire : promotion sans aucun recul réflexif du « New Public Management » – « usine à gaz de l’évaluation » – déficiences graves de la notion de « produisant » – etc. Malgré plusieurs votes favorables à sa suppression, la promesse de réformer l’institution aboutira finalement à son maintien. En remontant aux origines de l’évaluation de la recherche des enseignants-chercheurs français, nous comprendrons pourquoi ce volet de l’évaluation est devenu un grief important, étroitement associé à la souffrance au travail. Notre objectif n’est pas de discuter de la pertinence de tel ou tel indicateur mais d’essayer de mettre en évidence les fondements « philosophiques » des promoteurs de cette même évaluation.
Mots-clés : évaluation, souffrance au travail, Hcéres, Esperet, Belloc
Solidarity or Sabotage? Mapping Vulnerability and Power Within Movements of Academic Resistance
Heidi Reed
Éthique des affaires, Enseignant-chercheur, Audencia Business School
Résumé : Le capitalisme académique menace l’intégrité de la recherche et a suscité des appels à la résistance académique. Ces mouvements de résistance risquent toutefois d’aggraver involontairement la souffrance académique, déjà très répandue. En m’appuyant sur le boycott récent d’une revue académique comme cas illustratif, j’explore le dilemme des activistes : le paradoxe selon lequel des tactiques de protestation efficaces mais perturbatrices peuvent nuire à la communauté qu’elles cherchent à protéger, risquant ainsi de réduire le soutien à la cause dans son ensemble. En combinant les méthodes féministes d’analyse du pouvoir et le concept d’éthique de la bienveillance intitulé « prendre soin avec », je propose un cadre de réflexion destiné à aider la communauté scientifique de l’intégrité à naviguer dans ce paradoxe. En mettant en évidence les rapports de pouvoir et les vulnérabilités, ce cadre sensibilise ceux qui « luttent » pour l’intégrité de la recherche à un principe plus large de solidarité : le fardeau de la résistance face à des acteurs puissants ne doit pas peser sur ceux qui se trouvent dans les positions les plus fragiles. Ce cadre vise ainsi à faire évoluer le mouvement de résistance, pour qu’il cesse d’être une source de souffrance académique et devienne un vecteur d’autonomisation.
Mots-clés : Capitalisme académique, élitisme académique, résistance académique, boycott académique, chercheurs marginalisés, le mouvement des sciences de l’intégrité, paradoxe de la protestation, éthique de la bienveillance
De la souffrance à la transparence : deux propositions pour briser l’omerta universitaire
Jean-Hugues Roy
Journalisme, Professeur, Université du Québec à Montréal (UQAM), Canada
Résumé : À partir d’un récit à la première personne, l’auteur analyse la souffrance née du conflit entre les valeurs universitaires et la tolérance apparente des collègues et de l’organisation à l’égard d’inconduites académiques. Ce point de départ débouche sur une réflexion plus large sur la définition de l’université (institution ou simple organisation ?), sur les valeurs qui y prévalent et sur la responsabilité des universitaires envers l’intégrité, socle de la liberté académique. Afin de rompre le silence entourant les cas de manquements à l’intégrité, nous proposons de nous interroger sur deux mécanismes de transparence : doit-on rendre publiques toutes les demandes de subvention ? Les manquements des professeurs à l’intégrité devraient-ils être rendus publics, comme ceux des professionnels (avocats, ingénieurs, médecins, etc.) ?
Mots clés : plagiat, lanceur d’alerte, liberté universitaire, transparence institutionnelle, silence
Les contraintes structurelles dans l’exercice de la fonction de « référent intégrité scientifique » en France
Antoine Sabouraud
Sociologie, Doctorant, Centre Émile Durkheim, Université de Bordeaux, France
Résumé : Cette communication analyse les contraintes structurelles rencontrées par les Référents à l’Intégrité Scientifique (RIS) en France dans l’exercice de leurs fonctions. Basée sur 45 entretiens semi-directifs menés en 2025, notre enquête révèle que les RIS sont souvent nommés sans préparation ni connaissance de l’intégrité scientifique (IS) ni de ressources pour mener à bien leur mission. Ils doivent promouvoir l’intégrité sans entraver la recherche. Leur gouvernance locale est perçue comme une force, mais elle génère des inégalités dans le traitement des cas. Les relations avec l’Office Français de l’Intégrité Scientifique sont marquées par la méfiance malgré son rôle central. Sans pouvoir décisionnel, les recommandations des RIS relatives à la sanction à prononcer à l’issue d’une instruction sont souvent ignorées. Ces défaillances et souffrances touchent aussi bien les doctorants, souvent en situation de domination, que les titulaires soumis à des logiques d’évaluation quantitative et disposant de peu de temps pour se former à l’IS.
Mots-clés : Intégrité scientifique, référents intégrité scientifique (RIS), Office Français de l’Intégrité Scientifique (OFIS), gouvernance de la recherche, souffrance au travail
Entre normes, intégrité, contraintes invisibles et reconnaissance des vulnérabilités : exprimer la souffrance dans les professions académiques
Pedro Urbano
Psychologie, Professeur associé, Université de Coimbra, Portugal
Marie-France Bacqué
Psychopathologie clinique, Professeure, Université de Strasbourg, France
Résumé : Notre communication aborde la question de l’expression de la souffrance dans le contexte des professions académiques. Elle met l’accent sur les tensions qu’elle engendre entre les normes professionnelles, les idéaux d’objectivité et les exigences d’intégrité académique. Il s’agit d’analyser la manière dont la souffrance vécue par les acteurs du monde académique (chercheurs, enseignants-chercheurs, doctorants, personnels précaires) est produite par des conditions institutionnelles et organisationnelles, la façon dont elle est rendue exprimable ou, au contraire, disqualifiée, ainsi que les effets de cette régulation de la parole sur les pratiques et les valeurs de l’intégrité académique. Il ressort de cette analyse que la responsabilité englobe la cohérence entre les valeurs épistémiques, les conditions de travail et la reconnaissance des vulnérabilités professionnelles. L’article souligne que la souffrance exprimée (ou non) est un indicateur du fonctionnement éthique des institutions académiques.
Mots clés : Éthique, intégrité, souffrance, tension psychologique, vulnérabilité professionnelle
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