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Étape 1. Examen des demandes d’intervention

> Revenir à la présentation de la médiation

Concernant l’action auprès des victimes, chaque semaine l’IRAFPA est saisi de demandes d’intervention de ses membres ou de personnes devenant membre de l’association à cette occasion.
Pour demander l’appui de l’IRAFPA, merci de présenter votre cas sous forme synthétique et factuelle à l’exemple des cas ci-dessous. 

Ensuite, avant d’entrer en matière il s’agit d’écouter parler la personne. En recevant des messages fréquents de pairs en détresse et en accompagnant longuement une centaine d’entre eux durant de longs mois ou même d’années, nous avons appris à discipliner nos émotions. En fait, nous avons une posture assez proche de celle d’un avocat qui cherche tout à la fois à aider la personne qui appelle à son secours, tout en vérifiant la réalité des faits dénoncés, pour déterminer si cela sera possible de l’appuyer dans une démarche de médiation.

L’IRAFPA ne conduit une médiation auprès des instances responsables que dans les 2/3 des demandes qui lui parviennent. Voir par exemple une année significative de travail.

Aux demandeurs d’intervention, victimes directes ou lanceurs d’alerte : merci de vous inspirer des courriers ci-dessous comme exemples de lettre d’introduction à nous faire parvenir.

> Aller à l’étape 2 – Établir le dossier des faits

Exemples de demandes d’intervention de l’IRAFPA rédigées par des victimes ou des lanceurs d’alerte.

Cliquez sur le titre pour accéder à la lettre

  • Cas 01 Médecine
    Cas où la décision de médiation est immédiatement prise. On y retrouve les dérives habituelles en matière de : a) morale (les menaces), b) déontologie (l’ajout d’auteurs invités), c) éthique (le maquillage du plagiat), d) responsabilité (la non-réponse des instances universitaires). Et on y trouve les acteurs de notre monde : École doctorale, référents Intégrité, publications…
  • Cas 02 Mathématiques
    Cas où une action de médiation n’est pas envisageable, car la situation est rendue trop complexe et les organes dirigeants de l’établissement peu sensibles aux problèmes de manquement à l’intégrité. De plus, l’auteur de la lettre est maintenant malade et ce serait risquer de le placer en situation de menace que d’intervenir. Nous ne pouvons que démontrer notre empathie et sollicitude.
  • Cas 03 Sciences de l’information
    Cas où une action de médiation n’aurait pas été envisageable, comme le suggère l’auteur de la lettre, car la situation relève d’une question de déontologie et de dispositifs organisationnels internes. Ici nous n’avons pu que proposer à l’auteur des démarches individuelles pour inciter sa hiérarchie à mettre en place ces dispositifs. Hélas, le « lanceur d’alerte » est victime de représailles.
  • Cas 04 Anthropologie
    Cas où une action de médiation a été entreprise, car il n’y avait aucune réponse aux demandes formulées par le référent Intégrité. Le dossier (131 pages) a été constitué par la victime d’un grave plagiat par traduction. Notre lettre exposant les faits et demandant réparation en vue de pacifier la situation a été envoyée aux parties prenantes (10 personnes) en France et Italie. Le recteur de l’université de xxx (Italie) nous a répondu en moins de deux jours qu’il instruisait le cas.
  • Cas 05 Journalisme
    Cas où une action de médiation a été entreprise directement avec les autorités de l’établissement concerné, car il y avait urgence médicale. L’appel au secours d’une mère a été pris très au sérieux et nous avons compris que la faculté voulait faire un exemple, mais se trompait lourdement. S’en sont suivis des échanges informels – afin d’épargner l’étudiante en souffrance – durant un mois avec ces responsables  de l’établissement. Nous  avons finalement obtenu que la vice-présidente de l’université examine le dossier… et conclut qu’il n’y avait pas de plagiat et que l’étudiante pouvait être diplômée. Cette vice-présidente est spécialiste du droit d’auteur.
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  • Cas 01 – Médecine

Cas où la décision de médiation est immédiatement prise. On y retrouve les dérives habituelles en matière de : a) morale (les menaces), b) déontologie (l’ajout d’auteurs invités, c) éthique (le maquillage du plagiat), d) responsabilité (la non-réponse des instances universitaires). Et on y trouve les acteurs de notre monde : Ecole doctorale, référents Intégrité, publications…

Bonjour Madame Bergadaà,

Je me permets de vous écrire, car j’ai été très récemment victime d’un plagiat de parties de ma thèse de doctorat.

En me documentant sur internet, j’ai lu avec assiduité votre site et vos préconisations.

Je vous résume donc rapidement ma situation.

J’ai fait une thèse de physique médicale à l’université Paris xxx/Paris xxx dans un laboratoire du XXX entre 2014 et 2017.

Pendant cette période j’ai été amené à travailler sur plusieurs projets. Un en particulier m’a conduit à former et encadrer un nouveau doctorant, pendant presque 2 ans, dont le projet était le sujet de thèse exclusif.

Ma thèse s’est très bien passée, j’ai soutenu en octobre 201x et ma thèse a été publiée sur les bases nationales numériques début 201x.

Je suis par la suite partie faire des études de médecine en province et je poursuis une activité de recherche académique ponctuelle avec un autre labo.

Je suis toujours resté en très bons termes avec les chercheurs de mon labo de thèse.

Le thésard que j’ai formé a récemment publié un article avec ses résultats. Les résultats ont été obtenus en bonne partie grâce à mes développements techniques de thèse. Sans ceux-ci il n’aurait pas eu de résultats, car ce que j’ai fait lui a permis d’acquérir les données et de réaliser les traitements préliminaires à l’analyse.

Le papier a été reviewé et a nécessité quelques corrections avant acceptation pour publication.

Au moment de son acceptation le directeur de la thèse qui fut mon encadrant a demandé à tous les co auteurs de pouvoir rajouter 3 personnes sur le papier.

Personnes dont je ne connaissais ni l’existence dans le projet ni la contribution et qu’il n’expliquait pas. Ma position sur le papier était de 3e auteur.

A l’occasion de cette situation, je me suis questionné sur le fait de rajouter comme ça un peu à la dernière minute des personnes sur le papier. De même, je me suis questionné sur la part de mon travail vis-à-vis de ma position.

En effet, sans mon travail technique pour acquérir les données et les reconstruire il n’y aurait jamais eu de résultats et donc de papier.

J’ai donc demandé au directeur de la thèse s’il était envisageable que j’occupe une place de co-premier auteur, ce qui est courant dans de nombreuses communautés scientifiques et m’aurait aidé pour ma carrière.

Il a refusé avec ses arguments, orthogonaux aux miens. J’ai cependant tenté d’en discuter par mail sans succès.

C’est à ce moment que j’ai voulu vérifier un point technique dans la thèse, récemment soutenue, du doctorant que j’avais formé et qui écrivait le papier.

A la lecture de son manuscrit, j’ai tout d’abord constaté que de nombreuses illustrations venaient de mon manuscrit. Certaines que j’avais réalisées en m’inspirant de la littérature, d’autres, totalement exclusives, et enfin certains résultats de mes travaux.

Ces images ne comportaient aucun lien ni référence vers mon manuscrit de thèse ou de mention de mon travail pour les obtenir.

Le texte m’est également apparu quelque peu familier, et j’ai donc entrepris une lecture approfondie qui m’a montré qu’environ 300 lignes de 2 des chapitres de sa thèse étaient des copiés-collés au mot près de mon manuscrit.

De même, j’ai remarqué que plus de 150 références de sa bibliographie venaient de la mienne, ne concernaient pas son sujet de thèse, mais le mien et n’étaient à aucun moment citées dans le corps de son manuscrit.

Des illustrations sont données dans le courrier ci-joint, sinon j’ai les fichiers avec mes constatations.

J’en ai donc déduit qu’il avait d’une manière ou d’une autre eu accès à mes sources de rédaction (texte, images et bibliographie) et en avait usé comme bon lui semblait sans aucune citation ni référence.

Problème supplémentaire, son directeur de thèse a co supervisé la mienne et avait relu et corrigé mon manuscrit. Donc il disposait des sources numériques et d’une version papier et je pense peu probable qu’il ait ignoré ces faits.

J’en ai donc immédiatement prévenu son directeur de thèse en mettant en copie mon encadrante de thèse en espérant obtenir son aide. Le contexte de l’époque faisait que je n’avais pas encore accepté le rajout des 3 auteurs sur le papier.

J’ai trouvé sa réaction très violente, car : il n’a pas reconnu le plagiat et m’a juste dit qu’il avait prévenu l’école doctorale et l’université xxx  et qu’il les rencontrerait rapidement pour faire des « corrections ».

Ce comportement m’est apparu très grave, car il m’a exclu d’emblée de ses démarches alors que je suis le premier concerné, et il m’annonçait qu’il allait, seul, faire des « corrections », ce qui s’apparente pour moi à un maquillage des preuves du plagiat.

C’est à cette occasion qu’il m’a menacé de m’exclure du projet si je n’acceptais pas l’ajout des 3 autres auteurs et m’a confirmé que ma position ne serait pas modifiée.

Depuis ce mail il y a plus d’un mois je n’ai été contacté ni par l’école doctorale, ni par les universités concernées, ni par lui pour me tenir au courant de la situation. Cela m’inquiète aussi.

Ma co-encadrante de thèse dont j’espérais obtenir l’aide et le soutien cosigne son mail et ne m’a elle non plus pas contacté.

J’ai donc, selon vos recommandations et celles d’un ami universitaire, contacté le bureau xxx de Paris xxx qui s’occupe des questions d’éthique universitaire.

Là encore, cela fait presque un mois que je les ai contacté et n’ai eu aucune réponse.

D’autres universitaires que j’ai contacté m’ont vivement conseillé d’aller jusqu’au dépôt de plainte face à cette situation qu’ils trouvent extrêmement grave.

Je ne souhaite pas forcément aller jusque là, mais j’ai l’impression que la situation m’y contraint.

N’ayant jamais souhaité cette situation bien sûr, je me suis retrouvé pris au dépourvu, car je ne savais pas quoi faire. Clairement ce que je souhaite est que le plagiat soit reconnu et mentionné autrement que par une affichette dans un couloir obscur.

Le préjudice moral lié à tout ceci est grand, mais pas autant que la déception que je ressens vis-à-vis de la situation.

Je vous adresse tous mes remerciements pour les préconisations que vous avez publiées et que j’ai essayé autant que possible d’appliquer.

Je vous adresse mon cas, car il me semble que vous portez grand intérêt à documenter ces situations.

N’hésitez pas à me contacter si vous avez besoin d’informations.

AC, étudiant en médecine et chercheur, CHU de xxx, France
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  • Cas 02 – Mathématiques

Cas où une action de médiation n’est pas envisageable, car la situation est rendue trop complexe et les organes dirigeants de l’établissement peu sensibles aux problèmes de manquement à l’intégrité. De plus, l’auteur de la lettre est maintenant malade et ce serait risquer de le placer en situation de menace que d’intervenir. Nous ne pouvons que démontrer notre empathie et sollicitude.

 Bonjour Prof. Bergadaa,

J’avais pris contact avec vous en 2017 au sujet d’un dossier de plainte pour plagiat et méconduites scientifiques et le dossier avait retenu votre attention.

Je rappelle ce lien : https://link.springer.com/article/xxx  – Je vous donne un autre lien : https://link.springer.com/article/yyy

Ma plainte initiale auprès des différentes instances concernées incluait plusieurs documents d’un membre de mon laboratoire de recherche : articles dans des revues avec comité de lecture, prépublications sur le site du département et laboratoire. Elle n’a à ce jour pas donné lieu à instruction sur les différentes productions concernées ni celles produites depuis en réseau.
Une première plainte auprès des éditeurs en chef de la revue concernée par l’un des articles impliqués dans ma plainte a conduit à une réponse de l’éditeur commercial avec rétractation de l’article sous presse par les auteurs. La rétractation ne fait aucune mention de mes deux articles sources utilisés par ces auteurs, l’un dans un journal édité par le même éditeur commercial, le second par un autre éditeur commercial avec des plagiats verbatim dans l’article sous presse. Aucune mention de ces faits, ni de la personne victime : moi en l’occurrence n’a été faite à ce jour. Je n’ai été à aucun moment contactée par l’éditeur commercial.

J’ai également pris contact avec les éditeurs en chef d’une revue du même éditeur commercial pour un autre article pour des méconduites scientifiques, non-citation dans le corps du texte, non-citation et erreurs dans la bibliographie. J’ai demandé ensuite que l’un des éditeurs pouvant être concernés par des liens de proximité se retire de tous les échanges. Ma plainte a donné lieu à un correctif très léger dans la bibliographie. La version rendue par les auteurs après la correction des épreuves aurait été perdue et ne m’a pas été communiquée. J’ai contesté cette prise de décision et demandé la procédure suivie par l’éditeur commercial. Ma demande est restée sans réponses.

Voilà la situation. Je suis prise entre plusieurs feux et je ne peux gérer tous les dossiers étant déjà partagée entre une vie à Paris, une en xxx sans solution de fond.

 Je ne suis pas indécise. J’ai un problème de santé important, sous contrôle pour l’instant. J’ai tenté de faire jouer les ressorts institutionnels autres, le ministère concerné, le CNRS, les collègues, un syndicat. Le constat c’est que personne ne souhaite s’impliquer sur le fond du dossier de méconduites scientifiques tout en reconnaissant pour certains la gravité des faits, les implications au-delà des dommages qui me sont causés, sur la science en général, les gains financiers opaques liés à ce dossier. 

Je suis affectée depuis à ma demande et avec mon suivi médical sur Paris. Mon employeur reste l’université de xxx.

Les méconduites se poursuivent dans mon ancien laboratoire et en lien avec ce laboratoire, le dossier n’ayant pas reçu un traitement correct avec une mise en place de procédure préalable, la vérification de la présence de possibles conflits d’intérêts ou de proximité, un droit de réponse, etc. : tout ce qui permet une instruction transparente préservant dans le monde académique les différentes parties.

Au contraire les liens de conflits d’intérêts ou de proximité se sont amplifiés.

J’ai des éléments factuels très nombreux, liant un réseau constitué au départ au sein de mon ancien laboratoire avec plagiat, fausses citations, attribution de résultats, idées ou méthodes dont je suis l’auteur à des membres de ce réseau, autoplagiat, saucissonnage d’articles, articles faux, thèses co-encadrées ou jurys ou rapporteurs entre membres de ce réseau à l’étranger avec méconduites scientifiques ou plagiats…

J’ai eu à insister auprès du cabinet du président et de mon UFR (non impliquée) en 2018 et 2019 pour bloquer l’arrêt d’un serveur sur lequel se trouvent des prépublications avec plagiat et menacer de porter plainte.

 Car le problème est en amont : institutionnel. Ma propre université (xxx) couvre les faits.

Ce n’est visiblement pas nouveau dans les universités, mais je ne pensais pas cela possible avec autant d’insistance et après avoir mis ma vie en danger en 2016.

La mise en place de “Référents Intégrité”, au moins dans mon université, a permis au contraire que les dossiers soient traités dans la plus grande opacité et à de la fausse science de se disséminer.

Bien à vous,

xxx

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  • Cas 03 – Sciences de l’information

Cas où une action de médiation n’aurait pas été envisageable, comme le suggère l’auteur de la lettre, car la situation en est une de déontologie et de dispositifs organisationnels internes. Ici nous n’avons pu que proposer à l’auteur des démarches individuelles pour inciter sa hiérarchie à mettre en place ces dispositifs. Hélas, le « lanceur d’alerte » est victime de représailles.

Chers collègues,

Je me permets de vous contacter dans le cadre d’une situation assez rocambolesque pour laquelle j’aimerais assez bénéficier de votre expérience.

Si je peux me permettre une suggestion, tirée de cette expérience pénible. La direction de l’UFR a ainsi mis toute son énergie non pas à traiter le problème que je dénonçais, mais à tenter de salir ma réputation, et m’a menacé : aucune suite cependant.

De même qu’il n’y a eu aucune suite à ma demande de sanctions disciplinaires à l’encontre de l’étudiante plagiaire : même pas d’accusé réception à mes mails). Il me semble que compte tenu de ces constats, il serait intéressant que vous (ou votre institut) interveniez auprès des établissements quand on vous signale une affaire de plagiat. Pas pour vous substituer au cadre réglementaire (inexistant ou non appliqué, de toute manière, dans mon université), mais pour indiquer aux personnes concernées qu’une instance indépendante a un regard sur l’affaire et qu’elle lui donnera une dimension publique et internationale. Sinon, on se sent très seuls…

J’ai une étudiante de master recherche qui a rédigé un mémoire sous ma direction. Il s’agit d’un mémoire en sciences de l’information et de la communication, dans une formation de master « sciences et société » de l’université xxxx où j’enseigne. Ce mémoire est très mauvais au plan scientifique (pas de problématique, argumentation illogique, propos de sens commun, énoncés faux, etc.), mais surtout il comporte une série non négligeable de plagiat de mon propre travail (un rapport de recherche collectif que j’avais indiqué à l’étudiante en lui disant qu’il pouvait lui servir de base de travail). C’est déjà assez étonnant en soi qu’une étudiante recopie sans le citer le travail de son propre directeur de mémoire, mais vous allez voir que ce n’est pas le plus étonnant.

Il se trouve que, comme je lis toujours attentivement les mémoires que je dirige, j’avais signalé à l’étudiante ces problèmes bien en amont de la soutenance en lui demandant de les résoudre. Un premier aller-retour de correction n’ayant pas donné satisfaction à mes demandes, j’ai passé un logiciel de détection de plagiat sur le mémoire. J’ai alors découvert 2 thèses et des articles scientifiques également plagiés, en plus de mon propre rapport de recherche, ainsi que des sites web institutionnels : 26% de plagiat certain.

Je m’en suis ouvert au responsable de mon Master, au directeur de mon UFR, et au directeur du laboratoire dont dépend la formation de master. Je leur ai envoyé le rapport de plagiat, en leur disant que mon avis était négatif quant à la venue en soutenance du mémoire, non seulement en raison du plagiat, mais aussi de la mauvaise qualité du mémoire.

Nous avons eu plusieurs échanges de mails, dans lesquels j’indiquais précisément tous les textes plagiés, j’apportais les preuves matérielles du plagiat, et je répétais mon refus de la venue en soutenance de ce mémoire à la fois plagiaire, mais aussi ne répondant à aucun des critères universitaires d’exigence.

Chacun des responsables m’a répondu que je devais impérativement faire soutenir ce mémoire, sans tenir compte de mon argumentation. J’avoue ne toujours pas comprendre la raison de cette obligation de soutenance, mon expérience passée dans d’autres universités m’ayant plusieurs fois amené à refuser des venues en soutenance sans que cela pose problème.

Je ne pense pas qu’il y ait d’arrière plan politique. Je pense plus à une immense paresse intellectuelle et au clientélisme des formations où la question de l’intégrité n’est pas vraiment à l’agenda des préoccupations.

On m’a toutefois suggéré de demander à l’étudiante une dernière fois de référer les passages recopiés avec des guillemets ou des notes de bas de page avant la soutenance. Contraint et forcé, j’ai donc envoyé le rapport du logiciel à l’étudiante en exigeant qu’elle mette entre guillemets tous les passages plagiés avant la soutenance, et qu’elle nous renvoie un ultime exemplaire de son mémoire en PDF débarrassé de tous les problèmes de plagiat. J’ai aussi composé un jury avec une collègue extérieure à la formation, de manière à garantir une évaluation indépendante.

En toute connaissance de cause (UFR, labo et équipe de formation prévenus), un mémoire plagiaire de master 2 recherche, qui plus est dans le domaine « sciences et société », a été soutenu…

Cependant il y a eu un développement intéressant dans mon UFR, suite à mon affaire de plagiat, puisque le conseil de l’UFR a voté un texte reprenant toutes mes préconisations en matière de direction de mémoire et de refus de laisser venir en soutenance des mémoires plagiaires. La formation de master dans laquelle j’enseigne a également été rappelée à l’ordre, et on lui a demandé de prendre en compte ce vote dans sa maquette.

Cela m’a un peu rassuré, mais au plan personnel et humain, ça ne change rien pour moi, puisqu’après des semaines de polémique, le mal est fait. Je ne remettrai plus les pieds dans l’UFR ni à mon bureau (c’est un bureau partagé), car je ne veux plus avoir aucun contact avec mes collègues qui, loin de s’être excusés, ont trouvé d’autres moyens de se montrer agressifs et médiocres (exiger les clés de mon propre bureau : vous voyez le genre…). J’envisage à terme de quitter le métier, et ferai tout pour : trop de dégout.

xxxx

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  • Cas 04 – Anthropologie

Cas où une action de médiation a été entreprise, car il n’y avait aucune réponse aux demandes formulées par le référent Intégrité. Le dossier (131 pages) a donc été constitué par la victime. Un dossier (131 pages) a été constitué par la victime d’un grave plagiat par traduction. Notre lettre exposant les faits et demandant réparation en vue de pacifier la situation a été envoyée aux parties prenantes (10 personnes) en France et Italie. Le recteur de l’université de xxx (Italie) nous a répondu en moins de deux jours qu’il instruisait le cas.

Chère Professeure Michèle Bergadaa,

Très bonne année 2020 à vous!

Pour mémoire ma thèse intitulée “xxx”, soutenue a l’université xxxl de xxx, en 2013, est un travail anthropologique.

J’ai découvert que de nombreux passages ont été utilisés sans citation par une personne du nom de S.B., qui a soutenu sa thèse intitulée “xxx” au département des arts de l’université de xxx en Italie en 2016, puis l’a publiée en 2019 chez l’éditeur xxx.

S.B. était entrée en contact avec moi en 2013 pour me demander mes travaux par l’intermédiaire d’une connaissance commune. Je tiens à mentionner que je ne la connais pas. Dans un de ses premiers messages elle me demandait si je parle l’italien, et je comprends aujourd’hui que le fait que je réponde que non importait pour elle dans sa décision de me plagier.

Je vous recontacte enfin pour vous faire parvenir, comme convenu dans nos communications précédentes, l’état actuel de mon travail sur le plagiat de ma thèse par S.B..Je vous prie de me faire savoir si ces dossiers nécessitent encore des ajouts et modifications.

Dans ce dossier « rapport d’expertise » (131 pages) en support à sa demande, j’ai fait de mon mieux pour me conformer à la méthode de l’IRAFPA selon l’exemple de dossier que vous m’avez fait parvenir. Par ailleurs, j’ai demandé et obtenu l’aide de deux personnes de confiance parlant italien qui ont bien voulu vérifier les dossiers, que je remercie vivement. L’une de ces personnes me suggère que les couleurs ne présentent pas le même degré de lisibilité sur tous les ordinateurs – n’hésitez pas à me signaler si je dois modifier un ton de couleur pour assurer une meilleure lecture. Je peux aussi, en cas de besoin, fusionner les fichiers, ou les enregistrer en PDF.

En plus des passages plagiés, j’ai inclus un fichier comprenant des extraits de la bibliographie de S.B., parce que celle-ci m’est apparue extrêmement volumineuse par rapport à la longueur de sa thèse (44 pages de bibliographie pour un corps de thèse de 160 pages) et que la majorité des ouvrages qui y figurent ne sont pas cités dans sa thèse (par exemple, elle a repris 167 de mes références, mais jusqu’ici je n’en ai retrouvé que 48 dans le corps de sa thèse).

J’ai constitué le dossier à partir de la thèse de doctorat de S. B., alors que les mêmes irrégularités se retrouvent de facto dans la publication de celle-ci chez l’éditeur xxx en 2019. Même la bibliographie comporte les mêmes irrégularités.

En fait, M.C. – le directeur de thèse de S.B. – codirige donc cette collection.

Et ce livre de S.B. figure sur les listes de la littérature à lire par les étudiants en 2018-2019 et en 2019-2020 pour un cours dirigé par M.C. lui-même. Pourtant J’avais informé M.C. de la situation de plagiat, et il avait reconnu un « plagiat inconscient » et que ce serait corrigé.

Avant de m’adresser à vous, j’avais sur le conseil d’un ami, j’ai d’abord contacté la référente intégrité scientifique de mon établissement, Madame C.D. Elle m’a informée par email qu’elle avait contacté l’université de xxx (Italie) en septembre 2019. Je ne sais rien des modalités de la procédure. Le seul indice que j’aie du fait que cette démarche ait eu un effet est un email de A.B. elle-même, envoyé de sa propre boite, dans laquelle elle « s’excuse » d’avoir « oublié les guillemets » dans les passages recopiés de ma thèse et affirme que je vais recevoir une communication officielle de son université – or, rien.

Avec mes remerciements et très sincères salutations,

xxx

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  • Cas 05 – Journalisme

Cas où une action de médiation a été entreprise directement avec les autorités de l’établissement concerné, car il y avait urgence médicale. L’appel au secours d’une mère a été pris très au sérieux et nous avons compris que la faculté voulait faire un exemple, mais se trompait lourdement. S’en sont suivis des échanges informels – afin d’épargner l’étudiante en souffrance – durant un mois avec ces responsables  de l’établissement. Nous  avons finalement obtenu que la vice-présidente de l’université examine le dossier… et conclut qu’il n’y avait pas de plagiat et que l’étudiante pouvait être diplômée. Cette vice-présidente est spécialiste du droit d’auteur.

Chère Madame,

Je vous écris en urgence, car ma fille xx inscrite en deuxième année de Master en journalisme à l’Université de xx est soupçonnée de fraude à l’intégrité scientifique pour son rendu de mémoire.

J’ai dû arrêter de travailler, car xx est en pleine dépression traumatique. Elle a vu un psychiatre qui l’a mise sous antidépresseur et anxiolytiques puissants. Je crains pour sa vie. J’ai voulu l’emmener à l’hôpital aujourd’hui, mais elle n’avait même pas la force de marcher. Ses mains tremblent en continu et elle ne réussit plus à manger ni à dormir (crises d’angoisse). Elle prend de fortes doses de médicaments et reste amorphe toute la journée (+ crises de larmes).

Son état traumatique s’explique par les faits suivants :

  1. Les corrections qui lui ont été demandées pour la finalisation de son mémoire ne faisait nullement état d’une telle fraude (cf. le mail de son Professeur zz que je vais vous forwarder).
  2. Lorsque xx a demandé à voir les passages litigieux à son professeur pour les examiner et y répondre, Mme zz lui a répondu par mail qu’elle ne pouvait pas avoir accès à ce document. La seule chose que xx a apprise est que le soupçon portait sur des similitudes entre son mémoire et le mémoire de yy.
  3. Ma fille a reçu une convocation du Doyen sans motif déclaré et elle a dû écrire pour en demander la raison.
  4. Lors de l’entrevue avec le Doyen de sa faculté et sa Professeure, elle a entendu une suite d’accusations auxquelles elle n’avait pas eu le temps de se préparer, puisqu’aucun document ne lui avait été fourni. Elle était déjà sous médicaments et incapable de réagir intelligemment.
  5. Elle est ressortie de cette réunion effondrée.

Je dois vous préciser que l’erreur de xx a été de ne pas citer ce mémoire dans sa bibliographie, car elle pensait que l’on ne pouvait pas citer un mémoire non publié. Mais elle n’avait aucune intention de tromper puisque c’est son professeur qui lui a donné ce mémoire en mains-propres.

Dans l’urgence, j’ai demandé à un autre professeur de soumettre les deux mémoires au logiciel de détection de Compilatio. La comparaison des deux mémoires montre qu’il existe un certain nombre de citations en commun dans les deux mémoires et que ma fille a bien mises entre guillemets et référencé au nom de leur auteur d’origine.

Je vous remercie à l’avance pour l’aide que vous pourrez apporter à ma fille et je me tiens à votre disposition pour toute demande de renseignements ou de documents complémentaires.

Je précise que cette dernière a obtenu un CDI dans un journal et qu’elle voit son avenir détruit par une situation qu’elle ne comprend pas.

Avec toute ma considération,

xxx

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