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Clinique de l’intégrité

1-Accompagnement des victimes directes

2-Accompagnement des délinquants de la connaissance

3- Accompagnement des témoins de transgressions


Accompagner les victimes de transgressions

Les victimes de transgression académique ont besoin de parler de de leur blessure profonde en terrain neutre et indépendant. Notre question est toujours la même : comment serons-nous en mesure d’accompagner ces victimes durant de si longues procédures – tant académiques que parfois juridiques – qui durent plusieurs mois, voire plusieurs années ? Nous les écoutons et leurs  réactions de défense à l’agression nous permettent de savoir comment les aider à réparer leur équilibre personnel,

Le schéma ci-dessus leur permet – et donc nous permet – de se situer en tant que victime entre 3 pôles.

Ces personnes se considérant comme des victimes du système, il est difficile de leur faire prendre conscience qu’en s’exprimant, et en dénonçant les transgressions, elles aideront d’autres victimes potentielles.

Notre phrase clé avec ces victimes est : « L’université n’est pas votre mère, et puis, aucune mère n’est parfaite. » Une fois leur autonomie rétablie, le travail de médiation peut commencer.

Nous leur proposons de rédiger avec nous la lettre que nous envoyons lors de médiations aux dirigeants des établissements concernés pour leur demander d’agir. Cet acte d’écriture permet aux victimes de pondérer leur style d’expression souvent agressif ou, au contraire, tout à fait éteint.

• Si les victimes orientées agresseur ne critiquent pas le « système », mais ses dirigeants : président, vice-recteurs, l’une ou l’autre des personnes ayant le pouvoir. Nous leur demandons si elles aimeraient être vice-recteur ou doyen, à leur place, avec ce que ce rôle implique. Ensuite ils se (re)focalisent sur le vrai problème.

Notre phrase clé avec ces victimes est : «Ce n’est pas vous qui êtes fou ; c’est votre université. » La victime, prenant de la hauteur, s’éloigne de sa logique de causalité simple pointant la faute d’un délinquant qu’elles aimeraient voir disparaître. Le travail de médiation peut commencer.

Les victimes au « locus de contrôle » interne considèrent d’abord que ce qui leur arrive, le bien comme le mal, est provoqué par leur action. La chance, le hasard, les autres n’interviennent que très peu dans leur destin.

Notre plus grande difficulté est de parvenir à ce qu’elles disent « Je suis une victime ». Car, l’honorabilité de la victime académique est le fondement de nos propositions.

Elles sont assez convaincues que le système est corrompu et s’interrogent même quant à l’hypothèse que le coupable de transgression soit lui-même victime du système.

Notre phrase clé avec ces victimes est : « Pour aller de l’avant, soyez convaincu que l’université ne vous remerciera jamais de tout ce que vous faites. » Ceci met l’accent sur leur vision interne du métier et sur leur force.

Ensuite, le travail de médiation peut commencer.


Accompagner les délinquants de la connaissance

La taxonomie que nous utilisons dans nos médiations, expertises et commissions d’éthique s’est affinée au fil des ans. Elle est décrite dans nos ouvrages. Des auteurs de différentes disciplines (psychanalystes, psychologues, sociologues…) l’ont analysée et complétée. Ici, nous ne traitons que le volet “réparation”, une fois les faits et le profil établis.

Le “tricheur académique” n’a pas de grande marge de manœuvre dans le jeu de dominant-dominé qu’il a accepté. Il est prisonnier de la dette contractée a priori auprès de ses protecteurs.

Nous nous demandons si ses transgressions n’ont pas leur source dans une mauvaise formation doctorale qui l’a conduit à pratiquer une recherche négligente.

Pour réhabiliter un tricheur académique, nous suggérons simplement de le changer d’équipe, afin qu’il puisse pratiquer son métier de manière éthique dans un nouvel environnement.

Il convient alors de compléter cette mesure de délocalisation par une solide formation à l’intégrité. Nous accueillons ainsi dans nos Écoles d’été des personnes prises en situation de transgression et elles en reviennent souvent transformées.

Le “bricoleur académique” avoue presque immédiatement être le seul coupable d’une erreur commise sous le coup du stress ou d’une grande fatigue. Il est le premier à s’étonner de s’être laissé prendre au jeu du « toujours plus » de la publication ou des responsabilités diverses, alors qu’il n’en a souvent nul besoin, étant reconnu à sa juste valeur.

Il sait que le système (établissement ou discipline scientifique) ne peut se passer de ses services et il est à l’écoute des propositions de réparation de ses transgressions. Mais encore lui faut-il admettre.que sa boulimie de travail et de production est la cause de ses dérapages.

Qui d’autre que lui-même oblige cet hyperactif à être présent sur tous les fronts et à prendre des risques ? Il faut donc négocier pour qu’il accepte d’alléger sa charge de travail.

Comme il éprouve de l’empathie à l’égard des victimes directes et indirectes de sa transgression, il est heureux si nous lui proposons de leur adresser simplement une lettre d’excuses.

• “Le manipulateur académique”, ramené à la preuve factuelle de son inconduite, devient vite agressif, voire menaçant. Confronté sans concession à ses mensonges, il est obligé de remettre en cause à la fois l’image qu’il a de sa propre personne et la place qu’il occupe dans le système. On ne guérit pas un manipulateur.

Le premier axe de défense d’un manipulateur est de se poser en victime de jalousies ou de vengeances, car tout ce qui lui arrive est la faute des autres et malheur à l’interlocuteur qui se laisse entraîner sur des chemins de traverse et perd de vue l’objet de l’entretien. Il faut le ramener inlassablement aux faits, rien qu’aux faits.

La seule mesure réparatrice serait donc de ne jamais le perdre de vue et de le sanctionner avec précision, sans concession, mais aussi sans exagération, à chacune de ses déviances.

Nous devons évaluer le risque qu’il représente pour ses collaborateurs et pour son établissement. S’il est en position de leader, ses us et coutumes transgressifs vont s’imposer. On peut alors assister au développement d’un phénomène de délinquance en bande organisée, dont l’hyperpublication est aujourd’hui une forme visible.

Le fraudeur académique aime contourner les dispositifs de régulation des valeurs, car il est addict à la production et dans le casino de la publication scientifique, il s’adonne compulsivement à plusieurs jeux.

Le “fraudeur académique” pose rarement de problèmes interpersonnels car il est parfaitement autonome, voire indépendant. Mais il pose toujours un problème institutionnel : il changera plus aisément d’institution que de comportement.

La seule solution est donc de négocier son départ, même s’il n’est pas très courtois de transférer ce type de problème à un autre établissement universitaire. Le seul levier de l’institution est sa crainte des lanceurs d’alertes susceptibles de rendre visible son « e-dentité » ou que des journalistes d’investigation dévoilent son cas publiquement.


Accompagner les témoins de transgressions

Il faut être au moins deux pour faire un délinquant de la connaissance. Une compréhension de l’épidémiologie en matière de transgression montre que l’environnement organisationnel et l’environnement humain jouent un rôle majeur dans la transmission de l’inconduite. Pour espérer que les faits d’inconduite ne se reproduisent plus, il nous faut aussi dialoguer avec les personnes qui sont des vecteurs de propagation et avec celles qui ont le pouvoir de mettre en place des mécanismes de régulation.

Épidémiologie de la transgression académique

Les “témoins solidaires” font partie de manière très consciente de la tribu du délinquant de la connaissance : ils raisonnent, non par rapport aux valeurs et normes académiques, mais en logique de guerre “ami-ennemi”.

Il n’aura pas été difficile à un manipulateur de la connaissance de rallier des “témoins solidaires” à sa cause. Voici ses principales techniques :

  • Son collègue a-t-il un ego puissant qui dirige sa carrière ? Il lui dit, par exemple : « Ce que tu représentes, à ta place hiérarchique, avec ton intelligence, on devrait te respecter davantage… »
  • Son collègue protège-t-il son champ de responsabilité ? Il lui dit, par exemple : « On ne devrait pat prendre ta place, cela relève de ton territoire…
  • Son collègue est-il très attaché à son réseau, à ses amis ? Il argumente ainsi : « Personne ne devrait te laisser tomber avec la fidélité en amitié dont tu fais preuve ».
  • Son collègue a-t-il besoin d’être utile, de voir sa valeur ajoutée bien mise à profit ? Il n’a qu’à lui dire : « On ne te comprend pas à ta juste valeur. Je sais ce que tu fais pour les autres et pour le système…

C’est ainsi que tous les délinquants de la connaissance qui sont, soit des manipulateurs, soit des tricheurs (cf. taxonomie ci-dessus), ont toujours un clan fidèle prêt à partir en guerre dès qu’ils sont suspectés de fraude scientifique ou de plagiat.

Les témoins floués sont, a contrario, blessés et humiliés de découvrir un jour qu’une personne en qui ils avaient confiance est un imposteur. Le directeur de thèse qui avait confiance en son doctorant, le collègue qui a publié maints ouvrages avec un fraudeur, celui qui a aidé un imposteur à obtenir un poste prestigieux, tombent des nues à la révélation publique de l’inconduite du délinquant de la connaissance.

Ils se remettent en question : pourquoi n’ont-ils pas vu, pas cru les rumeurs, mené une enquête ? Sont-ils ces personnes dont on dira « Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font la guerre, mais par ceux qui regardent sans rien faire. » ?

Quand nous les croisons, lors d’auditions ou dans nos colloques, nous devons les rassurer en leur expliquant qu’il n’y a pas de honte avoir fait confiance à un délinquant de la connaissance.

En effet, les imposteurs se présentent aux autres comme de personnes de certitude.

L’impression est leur carte maîtresse, surtout auprès de personnes qui craignent de ne pas être légitimes. Par exemple, elles tiennent des discours épistémologiques souvent fumeux, mais qui semblent intelligents. Qui oserait débattre avec elles ?

Peu à peu, l’imposteur crée ainsi, par son narratif éloquent, une représentation sociale de la réalité, qui peut devenir une pensée magique collective.

En expliquant aux “témoins floués” le mécanisme de l’impression et en leur disant qu’il s’agit d’un processus normal de socialisation, nous sommes en mesure de les aider à surmonter l’épreuve.

• Les acteurs majeurs de l’environnement, présidents d’université, recteurs, référents en intégrité scientifique (RIS), présidents de comités d’éthique, etc., ont tous le pouvoir de réparer l’environnement institutionnel en matière d’intégrité. Mais alors, pourquoi tant de souffrance dans des procédures où les victimes ne sont pas toujours écoutées ?

Nous leur posons toujours la même question : “Si vous y étiez contraint de décider entre sauver une personne ou sauver le système, que choisiriez-vous ?”

  • 50% nous répondent que c’est un autre acteur qui décide, alors que ce type de décision figure justement dans leur cahier des charges.
  • 25 % répondent : « Le Système, car c’est le rôle qui m’est attribué par mon poste et que j’ai accepté »
  • 25 % répondent : « La personne, car elle peut être anéantie, alors que le système survivra toujours. »

Selon la réponse obtenue, nous savons si l’IRAFPA est (ou non) en mesure de les aider à mettre en place des dispositifs d’intégrité, à instaurer une culture de l’intégrité académique, voire à être certifiés par la suite “établissement responsable”.